« Nous n’avons pas simplement ajouté la durabilité. Nous l’avons intégrée à notre activité. »
Entretien avec Joachim Hollevoet sur la manière dont Crop’s concrétise son objectif « Do Food Good » en un impact structurel

Ooigem, le 2 juillet 2026 – Lorsqu’on s’entretient avec Joachim Hollevoet, responsable du développement durable, on remarque rapidement qu’il utilise rarement le mot 'développement durable' sans le relier immédiatement à la stratégie, aux choix et au long terme. Pour lui, la durabilité n’est pas une voie distincte parallèle à l’entreprise. C’est la manière dont l’entreprise est structurée.
La durabilité comme fondement, pas comme un service
"Chez Crop’s, le développement durable n’a jamais été une simple obligation de reporting", explique-t-il."Il découle de ce que nous sommes." Et ce "ce que nous sommes" commence par la mission qui fédère toute l’entreprise : Do Food Good : rendre l’alimentation saine plus savoureuse, plus simple et plus abordable.
Lorsque Joachim parle de stratégie de développement durable, il évite les termes tels que « projet » ou « programme ». Il parle plutôt d’ancrage.
"De nombreuses entreprises développent une stratégie de développement durable en parallèle de leur stratégie commerciale", explique-t-il. "Nous avons fait un choix différent. Nous avons délibérément intégré le développement durable dans nos quatre piliers stratégiques : Grow Better, Preserve Better, Innovate Better et Advise Better. "
Sur papier, cela peut sembler être une simple différence sémantique, mais dans la pratique, c’est d’une importance fondamentale.
" Chez Crop’s, le développement durable ne prend tout son sens que lorsqu’il se concrétise dans notre façon de travailler : dans les champs, sur nos sites et dans nos relations avec les clients", explique Joachim.
" Dans le cadre du pilier 'Grow Better', cela se traduit par un choix clair en faveur d’une agriculture tournée vers l’avenir. Nous investissons dans des pratiques agricoles plus durables, nous mettons l’accent sur une gestion intelligente de l’eau et nous favorisons activement la biodiversité dans et autour de nos champs. Parallèlement, nous renforçons nos relations à long terme avec les producteurs, car de réels progrès ne sont possibles que si l’on apprend, investit et partage les responsabilités ensemble. De cette manière, ce ne sont pas seulement les cultures qui poussent, mais aussi le partenariat."
Joachim poursuit : "Avec 'Preserve Better', nous nous penchons sur notre propre empreinte écologique. Dans nos sites de production, nous travaillons systématiquement à réduire notre impact en utilisant plus efficacement l’énergie et l’eau, en limitant les flux de déchets – comme le 'gaspillage alimentaire' – et en optimisant en permanence nos processus. C’est une quête permanente d’amélioration à chaque maillon de notre chaîne de production : consommer moins, s’organiser plus intelligemment et gérer les ressources de manière plus responsable. Car pour nous, la « conservation » ne consiste pas seulement à préserver les aliments, mais aussi à respecter les ressources. »
" Enfin, grâce à 'Advise Better', nous étendons encore notre responsabilité tout au long de la chaîne. Nous encourageons des choix alimentaires plus sains et davantage axés sur les végétaux en inspirant et en accompagnant nos clients grâce à nos connaissances, nos analyses et nos solutions innovantes. Cette même prise de conscience est encouragée en interne : en impliquant et en informant nos collaborateurs, nous construisons une conviction commune selon laquelle une alimentation saine et des choix durables vont de pair. Ainsi, la durabilité ne devient pas un effort individuel, mais un mouvement collectif. "
" En ancrant la durabilité dans nos piliers existants, nous montrons clairement qu’il ne s’agit pas d’une couche supplémentaire. Elle est présente dans chaque décision. Cela rend notre discours plus fort et plus crédible."
Un moment d’attention : l’évaluation de la double matérialité
En 2024, Crop’s a franchi une étape importante pour structurer cette intégration : une évaluation approfondie de la double matérialité (DMA).
" Ce n’était pas un exercice théorique", se souvient Joachim. "C’était un moment de concentration. "
La double matérialité aborde la question sous deux angles : comment, en tant que Crop’s, influençons-nous l’environnement et la société ? Et comment les facteurs environnementaux et sociaux influencent-ils notre avenir financier et opérationnel ?
"Cette double perspective est essentielle ", explique-t-il. " Car la durabilité ne concerne pas seulement l’impact que l’on génère, mais aussi les risques et les opportunités qui déterminent notre avenir. "

Cet exercice a mis en lumière plusieurs thèmes ESG (Environnement, Social et Gouvernance) importants qui définissent clairement les priorités de Crop's. Il est frappant de constater que des thèmes tels que la sécurité et la qualité alimentaires n’ont pas été jugés 'matériels'. Joachim sourit en expliquant cela.
" Non pas parce qu’ils sont moins importants, bien au contraire. Ils sont tellement fondamentaux qu’ils sont déjà pleinement intégrés dans notre gestion quotidienne. Cela ne se négocie pas. Mais notre stratégie de développement durable se concentre sur les domaines où nous pouvons accélérer le mouvement."
Lorsque la conversation aborde la question du reporting, on comprend à quel point la stratégie et la gouvernance sont étroitement liées.
" L’évaluation de la double matérialité n’était pas seulement un exercice de fond ", explique Joachim. " Elle a également déterminé la manière dont nous devons aborder le reporting. "

Préparer l’avenir du reporting
Sur la base de ces résultats, Crop's établira ses rapports conformément à la "directive sur le reporting de développement durable des entreprises", une législation européenne, en accord avec les normes européennes de reporting de développement durable (ESRS). Il s’agit de directives européennes qui définissent les données et informations sociales et environnementales que les entreprises doivent publier de manière standardisée.
"Ces normes rendent la durabilité tangible ", explique-t-il. " Elles définissent les données à collecter, la manière de les structurer et le niveau de transparence requis concernant votre impact. "
Cela a également eu des répercussions en interne. Pour répondre à ces exigences, Crop’s a mis en place un cadre à l’échelle du groupe pour le suivi et la collecte des données ESG, qui sera déployé dans toutes les entités à partir de l’exercice 2025–2026.
" Ce que nous mesurons, nous pouvons l’améliorer ", souligne Joachim. " En collectant les données ESG de manière structurée et uniforme, nous créons non seulement de la transparence vis-à-vis de l’extérieur, mais aussi des informations de pilotage en interne. Cela nous aide à examiner d’un œil critique nos principaux enjeux ESG et à prendre de meilleures décisions. "
La prochaine étape consiste à se préparer au reporting CSRD, sur lequel Crop’s rendra compte au cours de l’année civile 2028, pour l’exercice comptable 2027–2028. Joachim ne considère pas cela comme une obligation administrative, mais comme un pas vers une plus grande maturité.
"La CSRD incite les entreprises à aborder la durabilité avec le même professionnalisme que la reporting financier. Pour nous, ce n’est pas un fardeau, mais une opportunité. Cela nous aide à renforcer encore davantage notre gouvernance et à ancrer la durabilité encore plus profondément au sein de notre organisation."
Il résume cela simplement : "La transparence n’est pas une fin en soi. C’est un levier. Et pour Crop’s, c’est la suite logique de ce que nous faisons déjà dans le cadre de Do Food Good."
De l’analyse à l’action à l’échelle de l’organisation
Une stratégie ne prend tout son sens que lorsqu’elle est adoptée par l’ensemble de l’organisation. C’est pourquoi Crop’s a mis en place une structure de gouvernance claire.
"À l’heure actuelle, nous travaillons avec 15 groupes de travail actifs sur le développement durable ", explique Joachim. "Chaque groupe de travail dispose d’un responsable, d’un parrain et de responsabilités clairement définies."
Ce modèle permet d’éviter que le développement durable ne devienne un îlot isolé.
" Ce serait une erreur de penser que le développement durable relève d’un seul service. Il touche à l’agronomie, aux achats, à la gestion opérationnelle, aux finances, à la R&D et aux ressources humaines. C’est pourquoi la responsabilité doit être largement partagée."
Par ailleurs, Crop’s s’engage dans la voie de l’analyse comparative externe et de la transparence. En 2025, le groupe a réalisé sa première évaluation EcoVadis à l’échelle du groupe, qui a permis d’évaluer ses performances en matière d’environnement, de droits du travail et des droits de l’homme, d’éthique et d’achats durables.
"Une telle évaluation vous oblige à porter un regard critique sur vous-même. Ce n’est pas une fin en soi, mais un miroir. "

La durabilité comme atout, et non comme obligation
Lorsque la conversation porte sur l’avenir, on comprend clairement ce qui inspire véritablement Joachim.
" Nous ne considérons pas la durabilité comme un risque à gérer. Nous y voyons une opportunité de devenir plus forts."
Les activités de surgelage de Crop’s constituent en elles-mêmes une réponse au gaspillage alimentaire. Mais selon Joachim, le véritable impact réside dans l’intégration de tous les maillons de la chaîne : du champ à la production, de l’approvisionnement au conseil.
" Notre force réside dans le fait que nous fonctionnons comme une entreprise intégrée verticalement. Cela nous permet d’aborder la durabilité non pas de manière fragmentaire, mais de façon systématique. "
Il marque une pause, puis conclut : " Chez Crop’s, la durabilité n’est pas un chapitre à la fin du rapport. Elle est au cœur de Do Food Good. Elle détermine notre croissance, nos investissements et nos collaborations. "
Lisez l’intégralité du rapport de développement durable et suivez notre parcours « Do Food Good ».
Korneel Warlop